À l’approche des grandes foires d’art, notamment la BRAFA, à Bruxelles, et la TEFAF, à Maastricht., Jean Verheyen, souscripteur mandaté membre du groupe AXA, spécialisé notamment dans l’assurance des œuvres d’art et des collections, rappelle l’importance de bien assurer ses acquisitions et passe en revue les principaux risques encourus par les œuvres d’art.
Contrairement aux idées reçues, les sinistres les plus fréquents ne sont pas liés au vol ou à l’incendie. Dans 80% des cas, les dommages causés aux œuvres d’art surviennent lors de leur transport et de leur manipulation (accrochage, décrochage, dépoussiérage…).
« Ce sont des risques courants qui peuvent toucher n’importe quel collectionneur, même le plus précautionneux. Si l’on tient à une œuvre art, il faut être conscient que l’imprévisible n’arrive pas qu’aux autres. Je suis bien placé pour le savoir. Au cours de ma carrière, j’ai connu des cas assez incroyables », déclare Sven De Smet, Master Claims Adjuster Art-Patrimony, qui s’occupe de la gestion des sinistres d’œuvres d’art chez Jean Verheyen.
Bien assurer ses œuvres d’art et ses collections passe nécessairement par une assurance spécialisée dite Tous Risques sauf : ce qui signifie que, hormis les exceptions précisées dans la police d’assurance (par exemple, les dommages progressifs comme la décoloration), tous les risques sont couverts. La valeur assurée de chaque œuvre est déterminée entre les parties. En cas de sinistre total, ce montant est intégralement remboursé. Et en cas de restauration, tous les frais sont pris en charge, ainsi que la compensation de la moins-value, si l’œuvre a perdu une partie de sa valeur artistique. À l’inverse, une assurance habitation classique ne couvre jamais le bris accidentel, ni le risque de moins-value.
Le top 5 des risques
Voici les risques les plus fréquents, agrémentés de quelques exemples :
1. Le transport : un moment particulièrement critique
Le transport constitue le plus grand risque pour les œuvres d’art. Souvent très fragiles, elles doivent être décrochées, emballées, transportées, déballées et installées avec le plus grand soin, de préférence par des transporteurs spécialisés (le : « J’achète une œuvre de valeur dans une foire et je la ramène chez moi dans ma voiture » est clairement à proscrire). Le transport peut d’ailleurs être inclus automatiquement dans l’assurance spécialisée en laissant à l’assuré un délai pour notifier une nouvelle acquisition par exemple.
Les œuvres qui voyagent d’exposition en exposition sont particulièrement à risque.
Avant chaque transport, un condition report doit être établi. Il décrit précisément l’état de l’œuvre et les éventuels dommages préexistants. Ce document est essentiel pour déterminer la responsabilité en cas de sinistre.
Voici deux exemples de sinistres survenus lors de transports :
- Lors d’un contrôle, des douaniers ont mal réemballé un tableau monumental contemporain d’Anselm Reyle. La surface en plexiglas couleur bleu saphir a été perforée, laissant apparaitre l’intérieur de l’œuvre. Irréparable, le tableau est depuis exposé, en l’état, dans les bureaux de Jean Verheyen, comme symbole des risques, tandis que l’assuré a été indemnisé pour la perte totale de l’œuvre. En cas d’indemnisation pour une perte totale, l’œuvre ou ce qu’il en reste devient la propriété de l’assureur.
- En route vers un lieu d’exposition, l’une des six copies officielles du Rêve (1934) de Julio González est arrivée avec une tige métallique centrale pliée. Le restaurateur mandaté s’est rendu au Centre Pompidou, à Paris, pour étudier la sculpture en fer forgé originale, puis dans une fonderie pour réaliser des essais préalables pour redresser délicatement le métal et trouver une patine similaire à l’originale. Cela a permis une restauration sans trace et donc sans moins-value de l’œuvre.
2. La casse accidentelle : elle survient sans prévenir
Un tableau mal accroché qui tombe (le poids de l’œuvre est parfois sous-estimé), un ménage trop énergique, un geste incontrôlé qui renverse une sculpture, des enfants qui courent… les causent de casse accidentelle sont nombreuses et courantes.
Ainsi, un malencontreux coup d’aspirateur dans le pied d’une table ornée d’un Œuf de Lucio Fontana en terre cuite et voilà celui-ci brisé en mille morceaux. Une perte totale remboursée par Jean Verheyen qui a collecté tous les fragments à des fins pédagogiques : une étudiante en restauration a eu le privilège de s’exercer sur une œuvre originale de grande valeur. Aujourd’hui, l’œuf recollé minutieusement n’a certes plus de valeur marchande, mais il est exposé dans le bureau du CEO de Jean Verheyen.
Autre exemple de sinistre, survenu récemment chez un grand collectionneur d’objets en porcelaine : lors du dépoussiérage d’une vitrine, l’un des précieux objets est tombé sur un autre objet. Résultat : une perte totale pour une porcelaine de 200.000 euros et une restauration en vue pour la deuxième.
« Il y a aussi eu cette sculpture tombée sur un tableau ancien. Une restauration était possible car les déchirures de la toile étaient nettes mais la moins-value estimée de l’œuvre était tellement importante que nous avions considéré le sinistre comme une perte totale. Nous avons tout de même fait recoudre la toile fil par fil – l’excellente restauration était invisible à l’œil nu – et nous avons revendu l’œuvre restaurée (à une valeur nettement inférieure à celle d’origine) pour récupérer une petite partie du coût de l’indemnisation », se souvient Sven De Smet.
Il arrive que l’assuré aime tellement une œuvre qu’il souhaite la conserver même si elle est endommagée. Il y a alors une discussion pour déterminer une indemnité forfaitaire.
3. Les dégâts des eaux
Les infiltrations et fuites d’eau font aussi des dégâts, telles que des coulures sur des tableaux. Une intervention rapide permet, en général, de bien restaurer les œuvres.
4. Le vol
Les vols d’œuvres d’art sont peu fréquents chez les particuliers : il n’est pas si simple de s’enfuir avec un grand tableau, une lourde sculpture ou une céramique extrêmement fragile. D’autant que les collectionneurs assurés sont équipés de système d’alarme. Il arrive en revanche que des œuvres soient endommagées par les cambrioleurs. Par exemple, si elles sont sur leur passage ou à proximité d’un coffre-fort.
5. L’incendie
Rares, les incendies génèrent de la suie qui se dépose sur les œuvres. Dans ce cas, il n’y a pas de restauration à proprement parler mais un nettoyage délicat à effectuer rapidement pour éviter la dégradation de vernis et la décoloration de pigments. L’assureur intervient pour ces frais.
L’impensable n’arrive pas qu’aux autres
Voici trois sinistres hautement improbables qui ont marqué Sven De Smet.
Un double sinistre. Exposée dans le jardin d’un l’assuré, une sculpture love de Robert Indiana est heurtée, probablement par une tondeuse. D’une valeur d’environ 1 million d’euros, elle est envoyée par avion pour être restaurée dans l’atelier de l’artiste, aux Etats-Unis. À son retour, on découvre qu’elle a été endommagée au cours du transport ! Elle est donc renvoyée à l’artiste pour une seconde restauration.
Un artiste tague sa propre œuvre. « Ceci n’est pas mon œuvre. » L’artiste avouera avoir lui-même écrit à la main sur l’une de ses œuvres, en visitant une exposition. Le dossier de demande d’indemnisation a été classé sans suite, l’intervention de l’artiste ayant créé en quelque sorte une nouvelle version originale de l’œuvre.
Un visiteur enfermé devient fou. Il y a longtemps, un visiteur sans téléphone portable est malencontreusement enfermé un vendredi soir dans une exposition locale… fermée le week-end. Il s’enfuit le lundi matin lors de la réouverture après avoir saccagé tout l’espace. Toutes les œuvres endommagées ont été indemnisées.
Comment assurer rapidement vos œuvres d’art ?
Si vous avez un coup de cœur lors de vos prochaines visites de foires ou de galeries, une copie de la facture d’achat et la description de l’œuvre vous permettront de signer très rapidement un contrat « tous risques sauf » spécialisé en art (exemple d’exclusion, les dommages progressifs comme la décoloration) auprès d’un spécialiste. En passant par votre courtier, vous serez ainsi quasiment immédiatement assuré. Vous éviterez aussi des frais onéreux si l’assurance transport est incluse dans votre contrat.
Pour les clients déjà assurés auprès d’un assureur spécialisé, l’ajout d’une œuvre est en principe automatiquement couvert (c’est le cas chez Verheyen si la valeur de l’œuvre ne dépasse pas 25% du montant du capital total déjà assuré). Il faudra simplement la déclarer dans les 90 jours pour l’ajouter à la liste des œuvres couvertes.
La prime minimum se situe entre 250 € et 300 € par an. Mais avec ce montant-là, chez Verheyen, vous pouvez couvrir une valeur totale de 100.000 €, quel que soit le nombre d’œuvres d’art ! Ce qui permet aux jeunes collectionneurs de démarrer une collection sans augmenter leur coût d’assurance.


